Publié le 17 avril 2024

La performance réelle d’un plex ne se mesure pas avec un seul ratio, mais par une modélisation dynamique de ses flux de trésorerie complets.

  • Le MRB (Multiplicateur de Revenu Brut) est un indicateur de premier contact, mais dangereux car il ignore les dépenses d’exploitation qui varient énormément.
  • La valeur économique, basée sur les revenus nets et le Taux de Capitalisation (Cap Rate), est la métrique privilégiée par les prêteurs et reflète la véritable capacité de l’immeuble à générer des profits.

Recommandation : Concentrez-vous sur le calcul du flux de trésorerie net après dettes, impôts et provisions pour maintenance pour prendre une décision d’investissement éclairée et éviter les mauvaises surprises.

Vous êtes un investisseur analytique. Devant vous, deux fiches Centris pour des triplex similaires dans le même quartier de Montréal. Même prix demandé, revenus bruts quasi identiques. Lequel choisir ? Le réflexe commun est de comparer le Multiplicateur de Revenu Brut (MRB) ou le Taux de Capitalisation (Cap Rate), en pensant y trouver une réponse rapide. C’est une erreur qui peut coûter cher. Ces ratios, bien qu’utiles, ne sont que la partie visible de l’iceberg financier. Ils offrent une photo statique et souvent trompeuse de la réalité économique d’un immeuble à revenus.

La véritable expertise ne réside pas dans l’application d’une formule magique, mais dans la capacité à voir ce que les chiffres ne disent pas au premier regard. Elle se trouve dans la compréhension des coûts fantômes, comme la maintenance différée d’une toiture vieillissante, et dans l’identification des leviers d’optimisation cachés, tel un sous-sol non exploité. L’approche de l’analyste financier consiste à passer d’une évaluation statique à une modélisation dynamique. Il ne s’agit pas de savoir quel plex *est* le plus rentable aujourd’hui, mais lequel *peut devenir* le plus performant demain entre vos mains.

Cet article vous guidera au-delà des métriques de surface. Nous allons déconstruire les indicateurs populaires pour révéler leurs failles, vous apprendre à distinguer la valeur spéculative de la valeur économique, et vous donner les outils pour évaluer les leviers d’optimisation concrets. En bref, nous allons transformer votre analyse d’achat en un véritable exercice de modélisation financière pour mesurer ce qui compte vraiment : le flux de trésorerie réel qui restera dans vos poches à la fin de l’année.

Pour ceux qui préfèrent une approche en discussion, la vidéo suivante avec Jean-Charles Goyeche, un pionnier de l’investissement au Québec, explore en profondeur la notion de retour sur investissement et complète parfaitement les concepts que nous allons aborder.

Cet article est structuré pour vous accompagner pas à pas dans cette démarche analytique. Des indicateurs de base aux stratégies avancées, chaque section vous fournira une pièce du puzzle pour construire une vision complète de la performance de votre futur investissement immobilier.

Pourquoi le MRB est un indicateur rapide mais dangereux pour évaluer un prix d’achat ?

Le Multiplicateur de Revenu Brut (MRB) est souvent le premier ratio que les investisseurs calculent. Sa simplicité est séduisante : Prix de vente / Revenus bruts annuels. Un MRB de 16 signifie que vous payez 16 fois les revenus annuels de l’immeuble. Il permet de comparer rapidement des propriétés en apparence similaires. Cependant, baser une décision d’achat sur ce seul indicateur est l’une des erreurs les plus fréquentes et les plus dangereuses pour un investisseur, même aguerri. Le principal défaut du MRB est qu’il ignore totalement le côté « dépenses » de l’équation.

Deux triplex peuvent avoir un MRB identique de 16,4 à Montréal, mais des réalités financières radicalement différentes. L’un peut être une construction récente avec des locataires qui paient leur propre chauffage, tandis que l’autre est un bâtiment centenaire où le propriétaire assume des frais de chauffage au mazout exorbitants. Le MRB ne voit pas cette différence. Une analyse comparative montre que cette dynamique est encore plus marquée entre les régions : les immeubles en régions éloignées peuvent se vendre à des MRB plus bas (autour de 15,7), suggérant un meilleur flux de trésorerie initial, mais ils masquent souvent des dépenses d’exploitation proportionnellement plus élevées et un potentiel d’appréciation du capital plus faible que dans les grands centres.

Le MRB doit donc être considéré comme un simple filtre initial, une porte d’entrée pour votre analyse, et non comme la destination finale. Il vous indique si un prix est dans la moyenne du marché, mais il ne dit rien sur la rentabilité réelle. Pour une analyse plus fine, il faut immédiatement passer au Multiplicateur de Revenu Net (MRN), qui, lui, prend en compte les dépenses d’exploitation. C’est le premier pas pour passer d’une vision brute à une vision nette, beaucoup plus proche de la réalité financière.

En somme, utiliser le MRB seul, c’est comme juger une voiture uniquement sur sa couleur sans jamais ouvrir le capot pour inspecter le moteur. L’attrait esthétique peut être là, mais la performance et la fiabilité restent un mystère complet.

Comment la valeur économique d’un immeuble diffère-t-elle de sa valeur marchande ?

Après avoir écarté le MRB comme outil décisionnel principal, l’investisseur analytique doit se tourner vers des concepts plus robustes. La distinction entre la valeur marchande et la valeur économique est fondamentale. La valeur marchande est le prix auquel un immeuble est susceptible de se vendre dans un marché ouvert. Elle est dictée par l’offre et la demande, l’emplacement, l’attrait du quartier, et souvent, une bonne part d’émotion et de spéculation. C’est le prix affiché sur la fiche Centris, le chiffre sur lequel les acheteurs et vendeurs négocient.

La valeur économique, quant à elle, est une mesure froide, rationnelle et financière. Elle représente la valeur de l’immeuble en tant qu’actif générant des revenus. Elle se calcule en divisant les Revenus Nets d’Opération (RNO) par un Taux de Capitalisation (Cap Rate ou TGA). C’est cette valeur qui intéresse au plus haut point les institutions financières. Comme le souligne un guide spécialisé, c’est une approche qui rassure les prêteurs. XpertSource, dans son guide sur le sujet, précise :

La valeur économique repose sur une approche rationnelle, fondée sur des calculs précis comme le taux de capitalisation. C’est cette valeur que les institutions financières privilégient pour accorder un financement.

– XpertSource, Guide de calcul de la valeur marchande et économique

Un investisseur avisé cherche toujours à acheter un immeuble à un prix (valeur marchande) inférieur à sa valeur économique potentielle. La différence entre les deux représente votre marge de sécurité et votre potentiel de création de valeur. Si vous parvenez à augmenter les RNO (en augmentant les revenus ou en réduisant les dépenses), vous augmentez mécaniquement la valeur économique de votre actif, même si la valeur marchande du secteur stagne.

Le tableau suivant synthétise les différences fondamentales entre ces deux notions, un aspect clé de l’analyse financière en immobilier.

Valeur économique vs valeur marchande
Critère Valeur économique Valeur marchande
Base de calcul RNO / Cap Rate (5-7%) Comparables et marché
Utilisée par Banques et prêteurs Acheteurs et vendeurs
Stabilité Plus stable Variable selon demande
Influence Revenus locatifs Emplacement et tendances

En conclusion, la valeur marchande est le prix que vous payez, mais la valeur économique est la valeur que vous créez. Votre objectif est de toujours payer un prix justifié par la capacité de l’immeuble à générer des flux de trésorerie, et non par la simple effervescence du marché.

Buanderie, stationnement, rangement : comment augmenter le rendement de 15% sans toucher aux loyers ?

Une fois que vous comprenez que la valeur économique de votre plex est directement liée à ses Revenus Nets d’Opération (RNO), la question suivante devient évidente : comment augmenter ces RNO ? La première piste, l’augmentation des loyers, est souvent complexe et encadrée par le Tribunal administratif du logement (TAL). Heureusement, il existe une stratégie puissante et souvent sous-exploitée : la création de revenus accessoires. Il s’agit de monétiser des espaces ou des services sous-utilisés de votre immeuble.

De nombreux plex anciens disposent de grands sous-sols inutilisés, de cours arrière servant de débarras ou de places de stationnement non attribuées. Ces espaces « morts » sont en réalité des actifs dormants. En effectuant un arbitrage actif, vous pouvez les transformer en sources de revenus stables. Voici quelques exemples concrets :

  • Buanderie payante : Installer des laveuses et sécheuses fonctionnant avec des pièces ou des cartes dans un espace commun peut générer plusieurs centaines de dollars par mois, tout en offrant un service apprécié des locataires.
  • Espaces de rangement (lockers) : Aménager des casiers de rangement sécurisés dans le sous-sol et les louer entre 25 $ et 75 $ par mois chacun peut rapidement créer une nouvelle ligne de revenus significative.
  • Stationnement : Dans des arrondissements denses comme le Plateau-Mont-Royal ou Rosemont, une place de stationnement est un luxe. La louer peut générer, selon une analyse de la Banque Nationale du Canada, de 100 $ à 200 $ par mois par place.

L’impact de ces revenus sur votre rendement est double. Non seulement ils augmentent votre flux de trésorerie mensuel, mais ils augmentent aussi directement la valeur économique de votre immeuble. Un revenu additionnel de 300 $ par mois (3 600 $ par an), avec un Cap Rate de 5%, augmente la valeur de votre plex de 72 000 $ (3600 / 0.05). C’est une création de valeur massive pour un investissement initial souvent modeste.

Espaces communs optimisés dans un immeuble à revenus avec rangements et buanderie

L’optimisation des espaces communs, comme le montre cette image, est un levier puissant. La clé est de voir votre immeuble non pas comme une simple collection d’appartements à louer, mais comme un micro-écosystème commercial où chaque mètre carré peut être optimisé pour générer de la valeur. Avant même de penser à des rénovations coûteuses, un audit des espaces sous-utilisés est souvent l’investissement le plus rentable.

En définitive, l’investisseur analytique ne se contente pas des revenus locatifs existants. Il chasse activement les opportunités d’ajouter de nouvelles sources de revenus qui, bien que modestes individuellement, ont un effet cumulé et exponentiel sur le rendement global et la valeur de l’actif.

Rénover la cuisine ou la salle de bain : quel projet permet la plus forte augmentation de loyer ?

Après avoir exploité les revenus accessoires, le deuxième grand levier d’optimisation est l’augmentation des loyers via des rénovations. Cependant, tous les travaux ne se valent pas en termes de retour sur investissement (ROI). La question qui se pose à l’investisseur est la suivante : vaut-il mieux investir 20 000 $ dans une cuisine ou dans une salle de bain pour obtenir la plus forte augmentation de loyer justifiée auprès du Tribunal administratif du logement (TAL) ? La réponse n’est pas seulement esthétique, elle est stratégique.

En règle générale, la rénovation de la cuisine a un impact psychologique plus fort sur les locataires potentiels. C’est souvent la pièce maîtresse d’un logement, un lieu de vie et de convivialité. Une cuisine moderne, fonctionnelle et esthétique peut être un argument de location décisif et justifier plus facilement une augmentation de loyer perçue comme « juste » par le locataire. Une rénovation complète de cuisine, budgétée entre 15 000 $ et 20 000 $, est un investissement majeur, mais son impact sur l’attractivité du logement est immédiat.

D’un point de vue purement calculatoire, le TAL permet aux propriétaires de réclamer une augmentation de loyer basée sur le coût des travaux majeurs. Selon la grille de calcul, chaque dollar dépensé en amélioration peut être amorti sur plusieurs années. Par exemple, une nouvelle réglementation prévoit une augmentation basée sur un amortissement sur 20 ans. Une étude sur les ajustements de loyer indique qu’à partir de 2026, cela pourrait représenter une augmentation annuelle de 5% du coût des travaux répercutée sur le loyer. Ainsi, pour 20 000 $ de travaux, vous pourriez augmenter le loyer d’environ 1 000 $ par an (ou 83 $ par mois). Il est crucial de documenter méticuleusement toutes les dépenses avec factures et photos pour présenter un dossier solide au TAL.

La véritable stratégie, cependant, est souvent d’attendre le départ d’un locataire. À ce moment, le logement redevient disponible au « prix du marché ». Une cuisine rénovée au goût du jour peut alors vous permettre de repositionner le loyer à un niveau bien supérieur à ce que le calcul du TAL aurait autorisé avec le locataire en place, capturant ainsi 100% du gain de valeur locative. L’arbitrage n’est donc pas seulement « cuisine vs salle de bain », mais aussi « augmentation graduelle vs repositionnement complet ».

En somme, bien que la salle de bain soit importante, la cuisine reste le projet prioritaire pour un impact maximal sur la valeur locative perçue et réelle. La clé du succès réside dans l’alignement de l’investissement avec le moment opportun pour ajuster le loyer au marché.

Immobilier vs Bourse : quel rendement net après impôt et inflation gagne sur 10 ans ?

L’investisseur analytique ne se contente pas de comparer des plex entre eux; il compare également l’immobilier à d’autres classes d’actifs, comme le marché boursier. La question ultime est : où mon capital travaillera-t-il le plus efficacement sur le long terme ? La réponse est plus complexe qu’un simple pourcentage de rendement annuel. Pour une comparaison juste, il faut considérer le rendement net après impôt, après inflation, et en tenant compte de l’effet de levier.

Le marché boursier, via des FNB (Fonds Négociés en Bourse) indiciels, offre une simplicité et une passivité attrayantes. Un rendement historique moyen de 8-10% par an est souvent cité. Cependant, ce rendement est avant impôt sur le gain en capital et ne bénéficie pas de l’effet de levier massif accessible en immobilier. En immobilier, votre mise de fonds initiale de 20% peut contrôler un actif valant 100%. L’appréciation, l’amortissement du capital par les locataires et les flux de trésorerie sont tous calculés sur la valeur totale de l’actif, pas seulement sur votre mise de fonds. C’est cet effet de levier qui décuple le rendement sur l’équité (Return on Equity – ROE).

De plus, le système fiscal québécois et canadien offre des avantages à l’investisseur immobilier, notamment l’amortissement fiscal (DPA), qui permet de réduire le revenu imposable. Bien que le gain en capital soit imposable à la revente, la gestion active et l’optimisation des dépenses peuvent générer des flux de trésorerie annuels significatifs. Une étude de cas rapportée par Les Affaires illustre bien ce potentiel : un investisseur québécois a réussi à bâtir un parc de 33 logements en 5 ans, générant un revenu équivalent à un emploi à temps plein pour seulement 15 heures de travail par semaine, en utilisant une stratégie de refinancements successifs à partir d’une mise de fonds initiale modeste.

Analyse comparative des rendements entre immobilier et bourse sur bureau d'investisseur

Si la bourse offre la liquidité et la simplicité, l’immobilier, lorsqu’il est bien géré, offre un potentiel de création de richesse inégalé grâce à la combinaison de l’effet de levier, des flux de trésorerie, du remboursement du capital, de l’appréciation et des avantages fiscaux. La contrepartie est une gestion beaucoup plus active et une complexité accrue. Le choix dépend donc du profil de l’investisseur : recherche-t-il un rendement passif ou est-il prêt à s’investir activement pour un rendement potentiellement décuplé ?

Sur un horizon de 10 ans, un portefeuille immobilier bien optimisé au Québec a de fortes chances de surperformer un portefeuille boursier passif, à condition que l’investisseur maîtrise les leviers d’optimisation et la gestion des coûts, ce qui est loin d’être une garantie de succès.

L’erreur d’oublier les dépenses de maintenance (5%) dans votre calcul de rentabilité

Un des « coûts fantômes » les plus destructeurs pour la rentabilité d’un plex est la sous-estimation des dépenses de maintenance et des grosses réparations. De nombreux investisseurs débutants calculent leurs flux de trésorerie en ne soustrayant que les dépenses d’exploitation courantes (taxes, assurances, déneigement), créant ainsi une vision dangereusement optimiste de leur rendement. Ils oublient de provisionner un fonds pour les imprévus et les remplacements majeurs : la toiture à refaire dans 5 ans, le chauffe-eau qui lâche, la maçonnerie qui nécessite des réparations.

Les analystes financiers et les prêteurs expérimentés utilisent une règle de base : provisionner un pourcentage des revenus bruts pour un fonds de prévoyance ou de maintenance. Ce pourcentage n’est pas fixe; il dépend crucialement de l’âge et de l’état du bâtiment. Ignorer cette provision, c’est s’exposer à voir son flux de trésorerie anéanti par une seule réparation majeure, forçant l’investisseur à piger dans ses économies personnelles ou à s’endetter davantage.

Un pourcentage de 5% des revenus bruts est souvent cité comme une moyenne, mais il doit être ajusté. Un immeuble neuf des années 2010 ne nécessitera peut-être qu’une provision de 3%, tandis qu’un plex d’avant 1960 avec sa plomberie et son électricité d’origine devrait avoir une provision de 8% à 10%. Le tableau suivant, inspiré des recommandations de la Banque Nationale du Canada, offre un guide précieux pour calibrer ce budget.

Ce tableau, basé sur une analyse des besoins en maintenance selon l’âge des bâtiments, est un outil essentiel pour tout investisseur sérieux.

Pourcentages de maintenance suggérés selon l’âge du bâtiment
Année de construction % maintenance suggéré Travaux typiques
Post-2010 3% Entretien préventif minimal
1980-2009 5% Remplacement équipements
1960-1979 7% Plomberie, électricité
Pré-1960 8-10% Structure, maçonnerie

En intégrant cette provision dans votre modèle de flux de trésorerie, vous passez d’un calcul de « rentabilité espérée » à un calcul de « rentabilité réaliste ». Cette rigueur est ce qui distingue l’investisseur amateur de l’investisseur professionnel qui bâtit un patrimoine durable.

La méthode BRRRR (Buy, Rehab, Rent, Refinance, Repeat) fonctionne-t-elle encore avec les taux actuels ?

La méthode BRRRR est une stratégie d’accélération de patrimoine immobilier qui a connu une grande popularité lorsque les taux d’intérêt étaient historiquement bas. Le concept est puissant : acheter un immeuble sous sa valeur (Buy), le rénover pour en augmenter la valeur (Rehab), le mettre en location pour générer des revenus (Rent), le refinancer auprès de la banque sur la base de sa nouvelle valeur plus élevée (Refinance), et utiliser les liquidités extraites du refinancement pour répéter le processus sur un nouvel immeuble (Repeat).

Cependant, avec la hausse des taux hypothécaires au Québec, qui oscillent maintenant autour de 5-6%, le pilier « Refinance » de cette stratégie est devenu plus difficile à exécuter profitablement. Le coût du service de la dette a considérablement augmenté, ce qui ronge les flux de trésorerie et rend plus difficile l’extraction de capital tout en maintenant une rentabilité positive. Le refinancement reste un outil puissant ; comme l’explique le Centre Hypothécaire du Québec, il permet de débloquer jusqu’à 80% de la valeur nette d’une propriété sans la vendre et sans payer d’impôt sur le gain en capital.

Adaptation de la méthode BRRRR au marché québécois 2024

Face à ce nouvel environnement de taux, les investisseurs québécois les plus agiles n’ont pas abandonné la stratégie, mais l’ont adaptée. Une nouvelle approche, surnommée « BRRH » (Buy, Rehab, Rent, Hold), gagne en popularité. Au lieu de refinancer immédiatement après les rénovations, les investisseurs conservent l’immeuble (« Hold ») pendant 2 à 3 ans. Cette période d’attente a un double avantage : elle permet de bénéficier d’une plus grande appréciation naturelle de la valeur de l’immeuble et laisse le temps au marché des taux de potentiellement se stabiliser ou baisser, rendant le refinancement futur plus avantageux.

La méthode BRRRR n’est donc pas morte, mais elle demande plus de patience et une analyse financière encore plus pointue. Le succès de l’étape « Refinance » dépend maintenant de trois facteurs clés : la qualité de l’achat initial (fort rabais sur la valeur marchande), le contrôle strict du budget de rénovation, et le timing du refinancement par rapport au cycle des taux d’intérêt. La stratégie est passée d’un sprint à un marathon.

Pour l’investisseur analytique, cela signifie que la modélisation de différents scénarios de taux d’intérêt lors de l’étape de l’analyse d’achat devient non plus une option, mais une nécessité absolue pour valider la viabilité de la stratégie à long terme.

À retenir

  • Les ratios simples comme le MRB sont des filtres, pas des outils de décision. Ils ignorent les dépenses, le principal facteur de risque.
  • La valeur d’un plex pour un prêteur (valeur économique) est basée sur sa capacité à générer des revenus nets, pas sur le prix du marché.
  • La performance d’un investissement immobilier se juge sur son flux de trésorerie réel, après paiement de la dette, des impôts et des provisions pour travaux futurs.

Revenus bruts vs nets : pourquoi votre immeuble à 50 000 $ de revenus peut vous laisser pauvre à la fin de l’année ?

Nous arrivons au cœur de la modélisation financière : la distinction critique entre les revenus bruts et les revenus nets. Un immeuble générant 50 000 $ de revenus bruts annuels peut sembler être un excellent investissement. Pourtant, ce chiffre, pris isolément, ne signifie absolument rien quant à la richesse qu’il crée pour son propriétaire. Il est tout à fait possible que cet immeuble vous appauvrisse à la fin de l’année si ses dépenses dépassent ses revenus.

Les dépenses d’exploitation sont le premier élément à soustraire. Au Québec, on estime que les dépenses (taxes municipales et scolaires, assurances, électricité des communs, déneigement, entretien courant) représentent en moyenne 35% à 45% des revenus bruts. Sur 50 000 $, cela signifie déjà une sortie de 17 500 $ à 22 500 $. Nous n’avons pas encore compté la provision pour maintenance majeure (notre fameux 5-10%) ni, surtout, le service de la dette.

Le service de la dette (capital et intérêts) est souvent le poste de dépense le plus important. Un prêt hypothécaire sur un plex de 800 000 $ (un MRB de 16 sur 50 000 $ de revenus) avec les taux actuels peut facilement représenter plus de 40 000 $ par an. Soudainement, notre immeuble à 50 000 $ de revenus bruts est déjà dans le rouge avant même d’avoir payé un centime d’impôt. C’est ici que l’on comprend pourquoi le flux de trésorerie (« cash flow ») est le seul juge de paix.

Le calcul du flux de trésorerie réel est l’aboutissement de toute l’analyse. Il intègre tous les éléments que nous avons vus : revenus bruts, revenus accessoires, dépenses d’exploitation, provision pour maintenance, service de la dette et impôts. C’est le montant final qui reste (ou qui manque) dans votre compte en banque. Un flux de trésorerie positif, même modeste, signifie que l’immeuble se paie tout seul et vous enrichit. Un flux négatif signifie que vous devez subventionner l’immeuble chaque mois.

Votre plan d’action : calcul du flux de trésorerie réel

  1. Calculer les revenus bruts potentiels : Additionner tous les loyers mensuels x 12, puis soustraire une provision pour vacance et mauvais payeurs (typiquement 3%).
  2. Soustraire les dépenses d’exploitation annuelles : Inclure taxes, assurances, énergie, entretien courant, gestion (utiliser un ratio de 35-45% des revenus bruts pour une estimation rapide).
  3. Soustraire les provisions pour remplacements majeurs : Budgéter entre 3% et 10% des revenus bruts selon l’âge de l’immeuble.
  4. Soustraire le service de la dette annuel : Calculer les 12 paiements hypothécaires (capital + intérêts). Le résultat est votre flux de trésorerie avant impôts.
  5. Calculer l’impôt sur le revenu immobilier : Soustraire les intérêts et l’amortissement fiscal (DPA) de vos revenus nets pour obtenir le profit imposable, puis appliquer votre taux marginal d’imposition.

Cette approche méthodique est le seul moyen de véritablement comprendre la performance financière d'un actif immobilier.

Pour mettre en pratique ces conseils, l’étape suivante consiste à appliquer rigoureusement ce modèle de calcul à chaque propriété que vous analysez. C’est ce travail de moine qui vous protégera des « bonnes affaires » qui n’en sont pas et vous guidera vers les investissements réellement performants.

Questions fréquentes sur la rentabilité d’un plex au Québec

Dois-je inclure le déneigement dans les dépenses de maintenance?

Non, le déneigement est une dépense d’exploitation récurrente, pas de maintenance. Il doit être budgété séparément dans les frais d’opération annuels, représentant typiquement entre 1500 $ et 3000 $ par an pour un triplex au Québec.

Comment constituer un fonds de prévoyance efficace?

Une méthode simple et efficace est de verser mensuellement un montant dans un compte séparé. Une bonne règle de base est de prendre 1% de la valeur de l’immeuble et de diviser ce montant par 12. Pour un plex évalué à 600 000 $, cela représente une épargne forcée de 500 $ par mois dédiée aux futurs travaux majeurs.

Quels travaux sont considérés comme de la maintenance vs une amélioration?

La distinction est cruciale pour la fiscalité et le calcul du TAL. La maintenance conserve l’état actuel de l’actif (ex: réparer une fuite sur le toit, remplacer une fenêtre brisée par un modèle identique). L’amélioration ajoute de la valeur ou prolonge la vie de l’actif (ex: refaire complètement la toiture avec de meilleurs matériaux, changer toutes les fenêtres pour des modèles plus écoénergétiques). Seules les améliorations peuvent être capitalisées et utilisées pour justifier une augmentation de loyer significative.

Rédigé par Isabelle Côté, Investisseuse immobilière active détenant un parc de 60 logements et consultante en gestion locative. Spécialiste de la rentabilité des plex, des lois du Tribunal administratif du logement (TAL) et de l'optimisation fiscale immobilière.