Publié le 15 mars 2024

Oubliez la chance. Dénicher une propriété hors marché au Québec n’est pas un coup de dés, mais une science de l’anticipation.

  • Le vrai marché « invisible » se trouve dans les données publiques (TAL, rôle d’évaluation) que la majorité des acheteurs ne pense jamais à croiser.
  • Les meilleures opportunités ne sont pas les reprises de finance sur-médiatisées, mais les propriétaires « fatigués » que vous pouvez identifier et approcher avant leur courtier.

Recommandation : La clé est de cesser de chercher des annonces et de commencer à chercher des signaux humains et économiques.

Vous venez de perdre une autre guerre de surenchère pour un duplex dans Villeray. La frustration monte. Vous avez l’impression que toutes les bonnes propriétés vous glissent entre les doigts, vendues avant même d’avoir le temps de planifier une visite. Le marché immobilier québécois, surtout dans les quartiers centraux de Montréal, ressemble à une partie de chaises musicales où il manque toujours un siège. On vous a sans doute répété les mêmes conseils : « parlez-en à votre réseau », « soyez patient », « travaillez avec un bon courtier ». Ces platitudes, bien qu’utiles, sont devenues insuffisantes dans un marché où la demande surpasse l’offre de manière chronique.

Mais si la véritable clé n’était pas de chercher plus fort, mais de chercher différemment ? Si le secret n’était pas de trouver des propriétés cachées par magie, mais plutôt de développer une capacité à prévoir quelles propriétés sont sur le point de devenir des opportunités ? Le vrai chasseur immobilier ne se contente pas de regarder Centris. Il mène une enquête. Il décode les signaux faibles immobiliers, ces indices subtils cachés dans les données publiques, les tendances de quartier et la psychologie des vendeurs, qui annoncent une vente avant même que la pancarte ne soit plantée.

Cet article n’est pas une liste de trucs et astuces. C’est une méthode, une nouvelle façon de voir le marché. Nous allons vous apprendre à penser comme un détective immobilier : comment analyser la pression de certains quartiers, comment identifier les vendeurs motivés avant qu’ils ne se déclarent, comment repérer les zones qui prendront de la valeur demain, et comment utiliser les outils que tout le monde a, mais que peu maîtrisent vraiment. Préparez-vous à changer votre approche, de la recherche passive à la chasse active.

Cet article est structuré pour vous guider pas à pas, des stratégies les plus accessibles aux techniques d’initié. Le sommaire ci-dessous vous donnera un aperçu complet du parcours que nous allons entreprendre ensemble pour faire de vous un acheteur plus rusé et mieux informé.

Pourquoi certains quartiers de Montréal restent en surenchère quand la province ralentit ?

Vous l’avez constaté : alors que les manchettes parlent d’un ralentissement immobilier au Québec, dans votre quartier de prédilection à Montréal, c’est toujours la foire d’empoigne. La raison est simple : il existe des micro-marchés complètement désynchronisés du reste de la province. La clé de ce phénomène se trouve moins dans le marché de la vente que dans celui de la location. Les quartiers centraux comme le Plateau, Rosemont ou Villeray sont sous une pression locative immense.

Le taux d’inoccupation y est historiquement bas, créant une tension qui se répercute directement sur la valeur des immeubles à revenus. Selon des données récentes, le marché locatif montréalais est extrêmement tendu, avec des taux d’inoccupation variant de 0,3 % à 1,1 % pour les logements considérés comme abordables. Cette pénurie de logements locatifs rend les plex et les duplex incroyablement désirables pour les investisseurs et les propriétaires occupants, qui voient une sécurité de revenus à long terme.

Cette dynamique signifie que même si le marché des maisons unifamiliales en banlieue se calme, la demande pour les plex dans les zones à forte attractivité locative reste féroce. Les investisseurs savent qu’ils pourront louer leurs unités sans difficulté et à des prix croissants. Comprendre cette pression locative sous-jacente est la première étape pour accepter pourquoi la surenchère persiste et pourquoi il faut des stratégies plus fines pour contourner cette compétition.

Comment négocier 10% de rabais sur une maison affichée depuis plus de 90 jours ?

Une propriété affichée sur Centris depuis plus de 90 jours n’est plus une « nouvelle excitante ». Elle est devenue un « problème » dans la tête du vendeur. C’est ici que votre rôle de chasseur rusé prend tout son sens. Le cap des 90 jours est un seuil psychologique majeur. L’optimisme initial du vendeur s’est érodé, remplacé par l’anxiété et le doute. Les visites s’espacent, les factures continuent d’entrer, et la pression de vendre augmente à chaque semaine qui passe.

Pour négocier un rabais significatif, votre approche ne doit pas être agressive, mais chirurgicale. Oubliez l’offre à rabais non justifiée. Vous devez présenter une argumentation solide qui donne au vendeur une raison logique d’accepter. Votre offre doit être perçue non pas comme une insulte, mais comme une solution éclairée à leur situation. Compilez une liste de propriétés comparables vendues récemment dans le secteur (les « comps ») pour démontrer que le prix demandé est déconnecté de la réalité actuelle du marché.

Faites inspecter la propriété et chiffrez les travaux nécessaires. Présentez ces coûts non pas comme des défauts, mais comme des investissements que vous devrez faire, justifiant ainsi une partie de la baisse de prix. En approchant le vendeur avec une offre bien documentée, vous changez la dynamique : vous n’êtes plus un simple acheteur, vous êtes un partenaire qui propose une porte de sortie honorable et logique. C’est la meilleure façon de transformer la lassitude d’un vendeur en une opportunité pour vous.

Quartiers centraux saturés vs nouvelles banlieues : où l’offre de maisons neuves est-elle la plus abondante ?

Si la bataille pour les propriétés existantes dans les quartiers centraux vous épuise, il est peut-être temps de changer de terrain de jeu. La chasse aux propriétés « invisibles » ne consiste pas seulement à dénicher des biens cachés, mais aussi à regarder là où l’inventaire est sur le point d’apparaître en masse. Tandis que Montréal intra-muros est saturé, avec très peu de terrains disponibles pour de nouvelles constructions, les couronnes Nord et Sud sont en pleine effervescence.

Des villes comme Mirabel, Blainville, ou celles situées le long du nouveau tracé du REM connaissent un boom de développements neufs. L’offre y est beaucoup plus abondante, ce qui change radicalement le rapport de force entre acheteurs et vendeurs. Ici, vous ne négociez plus avec un particulier attaché émotionnellement à sa maison, mais avec des promoteurs immobiliers qui ont des inventaires à écouler et des objectifs de vente trimestriels à atteindre.

Pour repérer ces opportunités, votre recherche doit sortir de Centris. Consultez directement les sites web des municipalités pour connaître les projets de développement approuvés et les futurs quartiers. Suivez les grands constructeurs du Québec et inscrivez-vous à leurs listes d’envoi pour être informé des lancements de nouvelles phases, souvent accompagnées de « prix de pré-construction ». C’est un marché différent, avec ses propres règles, mais où la surenchère est beaucoup plus rare et où vous pouvez souvent acheter une propriété neuve, personnalisable, pour un prix compétitif.

L’erreur de penser que toutes les reprises de finance sont des aubaines à saisir

Dans l’imaginaire collectif de l’acheteur, la « reprise de finance » est le Saint-Graal, le secret le mieux gardé pour une aubaine assurée. C’est l’un des mythes les plus tenaces de l’immobilier, et y croire sans réserve est une erreur coûteuse. Une reprise de finance est rarement une vente discrète et facile. Il s’agit d’un processus public, souvent une vente par appel d’offres ou une enchère, où vous vous retrouverez en compétition avec des investisseurs aguerris et des entrepreneurs qui connaissent la game.

Le prix affiché est souvent un appât. C’est un prix de départ conçu pour attirer le plus de monde possible, et le prix final de vente dépasse fréquemment ce montant. De plus, ces propriétés sont presque toujours vendues sans garantie légale de qualité, aux risques et périls de l’acheteur. Vous achetez « tel quel », avec tous les vices cachés potentiels que l’ancien propriétaire, en difficulté financière, n’a probablement pas entretenus. Les histoires d’horreur de fondations fissurées ou de toitures finies découvertes après l’achat sont légion.

Enfin, le processus peut être long et complexe. Entre le moment de l’offre et la prise de possession, des délais judiciaires peuvent s’ajouter. La prétendue « aubaine » peut vite se transformer en un gouffre financier et un cauchemar logistique. Plutôt que de voir les reprises de finance comme une solution miracle, considérez-les pour ce qu’elles sont : un mirage d’aubaine à haut risque, réservé à des experts qui ont les liquidités et les compétences pour gérer l’imprévu.

Quand la pénurie de logements locatifs justifie-t-elle l’achat d’un plex trop cher ?

Vous visitez un duplex qui vous plaît, mais le prix demandé vous semble déraisonnable, bien au-dessus des comparables vendus il y a un an. Votre premier réflexe est de passer votre tour. Mais le chasseur d’appart rusé sait qu’il faut parfois regarder au-delà du prix d’achat et analyser le potentiel de revenus. Dans le contexte de la crise du logement actuelle à Montréal, un plex « trop cher » peut en réalité être un excellent investissement à long terme.

La clé est de faire un arbitrage de marché. Vous payez une prime aujourd’hui en pariant sur la croissance future et quasi certaine des loyers. Avec un taux d’inoccupation au plancher, la demande locative est explosive. Cela signifie que dès qu’un logement se libère, vous pourrez l’optimiser et le relouer à un prix significativement plus élevé, augmentant ainsi drastiquement vos revenus et la rentabilité de votre immeuble. Le prix d’achat élevé est donc amorti par des flux de trésorerie (cash-flow) futurs plus importants.

Cette stratégie n’est pas pour tout le monde. Elle demande une vision d’investisseur, une bonne capacité de financement et des nerfs d’acier. Il faut savoir calculer le potentiel de revenus locatifs, anticiper les rénovations nécessaires et comprendre la réglementation du Tribunal administratif du logement. Mais pour celui qui fait ses devoirs, acheter un plex qui semble trop cher aujourd’hui peut être le meilleur coup de sa vie dans cinq ans, car sa valeur sera tirée vers le haut par des revenus locatifs que les acheteurs moins audacieux n’avaient pas su anticiper.

Comment approcher les propriétaires de plex fatigués avant qu’ils ne mettent en vente ?

La véritable chasse hors marché commence ici. Il ne s’agit plus de réagir à des annonces, mais de provoquer l’opportunité. La cible ? Le propriétaire de plex « fatigué ». C’est souvent un propriétaire plus âgé, qui possède son immeuble depuis longtemps et qui est épuisé par la gestion, les réparations et, de plus en plus, les litiges avec les locataires. Avec une baisse de près de 49% des ventes de plex enregistrée récemment, beaucoup se sentent coincés, pensant que le marché n’est pas bon pour vendre.

Votre mission est de devenir un archéologue des données publiques pour identifier ces propriétaires avant qu’ils ne contactent un courtier. C’est un travail de détective qui demande de la finesse. Il faut comprendre la psychologie du vendeur fatigué : il ne cherche pas le meilleur prix à tout prix, mais la paix d’esprit. Une transaction simple, rapide et sans tracas peut valoir plus pour lui qu’une surenchère potentielle.

L’approche directe est délicate mais peut être extrêmement payante si elle est bien menée. Il ne s’agit pas d’envoyer une lettre impersonnelle, mais de montrer que vous avez fait vos devoirs et que vous comprenez sa situation. Une approche respectueuse, personnalisée et qui propose une solution simple peut ouvrir une porte que personne d’autre n’a pensé à pousser.

Plan d’action : Identifier et contacter un propriétaire de plex épuisé

  1. Croiser les données : Consultez le rôle d’évaluation municipal pour trouver les propriétaires de longue date, puis croisez cette information avec les décisions publiques du Tribunal administratif du logement (TAL) pour repérer ceux qui sont en litiges récurrents.
  2. Choisir le bon moment : Ciblez la période de janvier à mars. C’est avant le stress du renouvellement des baux, un moment où la fatigue de la gestion est à son comble.
  3. Identifier les multi-propriétaires : Utilisez le Registre des entreprises du Québec (REQ) pour voir si un propriétaire détient plusieurs immeubles. La gestion de plusieurs plex est encore plus lourde.
  4. Soigner l’approche : Au lieu d’une offre d’achat brute, proposez une « évaluation gratuite et sans engagement en vue d’une transmission patrimoniale ». C’est moins agressif et plus invitant.
  5. Démontrer votre sérieux : Mentionnez votre connaissance des lois récentes, comme l’ancienne Loi 31. Cela vous positionne comme un acheteur informé et sérieux, pas comme un amateur.

Cafés « third wave » et pistes cyclables : les signes avant-coureurs d’un quartier qui va prendre de la valeur

Acheter une propriété, c’est acheter un emplacement. Le chasseur immobilier visionnaire ne se contente pas d’analyser le présent, il tente de prédire l’avenir d’un quartier. Les « signaux faibles » de la gentrification ou de la revitalisation sont des indicateurs précieux qui peuvent vous mettre sur la piste d’une zone avant que les prix n’explosent. Oubliez les gros titres et apprenez à lire la rue.

L’arrivée d’un café « third wave » (un café de spécialité avec des baristas passionnés), d’une boulangerie artisanale, ou l’aménagement d’une piste cyclable protégée ne sont pas des détails anodins. Ce sont les symptômes d’un changement démographique. Ils indiquent l’arrivée d’une population de jeunes professionnels avec un pouvoir d’achat, soucieux de leur qualité de vie. Ces infrastructures et commerces attirent à leur tour d’autres résidents du même profil, créant un cercle vertueux qui tire la valeur immobilière vers le haut.

Scène de rue animée dans un quartier en transformation avec terrasse de café moderne et piste cyclable protégée

Un autre indicateur, moins visible, est la migration interne. Comme l’a observé Francis Cortellino de la SCHL, l’exode de travailleurs de Montréal vers les régions pendant la pandémie a créé une pression sans précédent sur des marchés locaux. Des villes comme Sherbrooke ou Trois-Rivières ont vu leur attractivité et leurs prix augmenter non pas à cause de l’immigration internationale, mais parce que les Montréalais y ont déménagé. Suivre ces flux de population inter-régionaux est une autre façon de prévoir où la prochaine vague de demande se dirigera. En apprenant à repérer ces indicateurs de gentrification douce, vous pouvez investir dans un quartier non pas pour ce qu’il est, mais pour ce qu’il est en train de devenir.

À retenir

  • La surenchère à Montréal persiste dans certains secteurs à cause de la crise du logement locatif, déconnectant ces zones du marché provincial.
  • Les propriétés affichées depuis plus de 90 jours offrent un levier de négociation psychologique important si l’approche est basée sur une solution documentée.
  • La vraie chasse se fait en amont, en identifiant les propriétaires fatigués via des données publiques (TAL, REQ) avant qu’ils ne contactent un courtier.

Comment utiliser les filtres avancés de Centris pour trouver les perles rares avant tout le monde ?

Centris.ca est l’outil que tout le monde utilise, mais que peu de gens maîtrisent réellement. Penser que les bonnes affaires n’y sont pas est une erreur. Elles y sont, mais souvent noyées dans la masse. Votre mission est d’utiliser les filtres avancés non pas pour chercher, mais pour éliminer le bruit et isoler les opportunités que les autres ne voient pas. C’est en devenant un virtuose de Centris que vous trouverez des perles rares sur le marché public.

La plupart des acheteurs se contentent de filtrer par prix, type de propriété et quartier. Vous devez aller beaucoup plus loin. Combinez des filtres de manière créative pour faire ressortir des scénarios précis. Par exemple, créez des alertes qui ne se déclenchent que lorsqu’une propriété subit une baisse de prix ET est sur le marché depuis plus de 90 jours. C’est le signal d’un vendeur qui devient flexible. Ajoutez à cela des mots-clés dans la description comme « succession », « vendeur motivé », ou « doit vendre ».

Voici quelques techniques de pro pour transformer Centris en un outil de chasse puissant :

  • Utilisez la recherche par carte : Ne vous limitez pas aux noms de quartiers. Dessinez vos propres polygones de recherche pour inclure des rues spécifiques ou des zones en bordure de quartiers désirables qui pourraient être sous-évaluées ou en voie de rezonage.
  • Créez des alertes ultra-ciblées : Combinez « baisse de prix » + « plus de 90 jours sur le marché » + des mots-clés comme « succession », « vendeur motivé » ou « reprise ».
  • Filtrez les anomalies : Utilisez des filtres moins courants comme « servitude » ou « droit de passage ». Ces contraintes peuvent effrayer les acheteurs novices et créer une décote artificielle sur une propriété par ailleurs excellente.
  • Guettez les visites libres : Un vendeur qui planifie une visite libre est souvent un vendeur pressé de conclure. Le filtre par « Date de visite libre » peut vous aider à les repérer.

La clé est la persévérance et la systématisation. Sauvegardez ces recherches complexes et activez les notifications par courriel. De cette façon, l’information vient à vous. Vous ne perdez plus de temps à naviguer, vous attendez que le système vous signale une cible potentielle qui correspond exactement à votre stratégie de chasse.

Le marché immobilier n’est pas une fatalité. En cessant d’être un chercheur passif pour devenir un chasseur actif et stratégique, vous reprenez le contrôle. Pour mettre ces stratégies en application, la prochaine étape est de commencer votre propre « archéologie des données » et de bâtir votre liste de cibles potentielles.

Rédigé par Jean-François Lemieux, Courtier immobilier agréé DA au Québec avec 18 ans d'expérience, spécialiste des marchés de Montréal et de la Rive-Sud. Expert en négociation stratégique et analyse de valeur marchande, il maîtrise les subtilités des transactions sur Centris et les dynamiques de surenchère.